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Bébert de Crolles

Motard, parapentiste repenti et pratiquant de Harley Davidson. C’est possible ?

mis à jour le 2 mars 2005

Salut a tous,

Puisque que la meteo a brutalement bascule vers les frimas, ajoutez a cela un horaire d’hiver qui empeche les petites excursions saleviennes, un programme tele comme a l’habitude completement nul et une migraine soudaine du ministre des relations humaines, j’ai un peu de temps pour vous narrer la veritable histoire vraie et veridique de Bebert de Crolles...

Avec mon pote Fredo, c’est une vrai maladie, des que l’on se trouve en l’air, il faut que l’on cherche a se barrer. Pour cela, une seule methode : la methode tzigane (quand un tzigane veut tourner a droite, il tourne a droite), et il ne faut aucune contrainte du style navette, repas chez la belle-doche, moutard a emmener chez le pediatre, rendez-vous galant, iersprovisionnelapayerc’estledernierjourbordel, ou je ne sais quoi qui empoisonne la vie de tout parapentiste normalement constitue.

Non, pour se barrer en cross, il faut avoir l’esprit Tzigane... Je decolle, Fredo decolle, on se prend le premier thermique qui traine, et comme je lui ai appris Fredo sait qu’un thermique c’est comme une pucelle, ou une bouteille de bon vin, il ne faut pas le lacher tant que l’on en pas vu le cul ! (S’il reste des pucelles sur la liste, qu’elles veuillent bien excuser mon cru langage, mais la comparaison etait trop tentante...) Le tout c’est d’essayer d’y aller, et ne pas se poser trop de question quant a comment on va revenir... Bref on se tire sous nos petites ailes d’ange.

Pour les triangles on a le temps, quand on aura 20 ans d’experience...et surtout du temps pour ne faire que du parapente...

Alors voila qu’une belle apres-midi de juillet nous voila contraints par un tres vilain mechant venturi d’aller nous vacher. Une fois de plus nous voila avec nos gros sacs au bord de la route a supplier le morne automobiliste de nous ramener quelque peu vers le vehicule automobile qui nous attend docile au bout du lac d’Annecy.

Ce soir la donc, nous voila presque arrives au but, juste a la sortie d’Annecy, la voiture se trouvant a l’autre bout du lac. Une superbe caleche 120 chevaux decapotable passe sous notre nez, au volant une merveilleuse blonde snobinarde 85-50-80 genre "espece de pauvemecs avec vos gros sacs de boyscout z’etes pas du genre que je laisse farfouiller dans mon calbard espece de gros degeulasses"... Fredo laisse fuser un "PETASSE" resonnant qui n’a que le merite de faire marrer une passante comprehensive et de liberer sa frustration profonde (Fredo est celibataire en ce beau mi-mois de juillet, heureusement qu’il a son aile pour s’envoyer en l’air...)

Finalement une voiture s’arrete. Une voiture, je devrais dire ce qui a du etre une voiture, ca ressemble plus a une poubelle deguisee en voiture qu’a une automobile... Quand on a besoin, la voiture c’est comme l’argent ou les filles, ca n’a plus d’odeur ! Nous on s’en fout de l’odeur, faut rentrer... La chose s’arrete donc et en sort deux individus dont l’aspect nous interpelle quelque peu.

Le chauffeur grand, voire tres grand, crane rase, moustache mongole, lunette noire, jeans sans age, santiagues, gilet de cuir noir sans manche ouvert sur un torse velu et des bras tellement couverts de tatouages que l’on dirait qu’il ressemble a des vases chinois de la premiere dynastie Min, rase de longue date, une ceinture de cuir boucle megalo tete d’aigles a deux tetes comme en 36 a BadenBaden. En deux mots pas le genre premier de classe, plutot le genre de mec que quand tu le croises la nuit dans une rue mal eclairee, si t’es cool c’est parce que tu es 3837ème dan de karate, ou bien que Karl Lewis a cote de toi ne cours pas, il gambade...

L’autre meme style, mais le format en dessous (si on doit se foutre sur la gueule, je l’ai choisi avant Fredo), cheveux blonds, longs et fadasses, rincage recent a la Kronenbourg 166truc. Du reste il y a un relent de biere dans l’air, c’est infernal, on se croirait tout a coup au coeur de la fete de la biere a Munchen (Munich quoi). Pas le temps d’echanger un regard avec Fredo, nous voila devant le fait accompli, la poubelle est plantee au milieu du carrefour, nos deux hotes descendus de la voiture, le coffre s’ouvre par magie (d’habitude on appuie sur un bouton, je ne savais pas que l’on pouvait aussi l’ouvrir en donnant un coup de pied dans le parechoc, faudra j’essaie sur la mercedes de Christian).

Quand je dis un coffre, je suis la aussi un peu optimiste, ca ressemble plus a une caisse a outils, mais pas n’importe quels outils : un pied de biche, des cles anglaises pour paquebot, des coupes cables, c’est a peine si on trouve pas un chalumeau, bref pas vraiment les « outils d’horloger ». Sur le coup un peu surpris, heberlue, je lache betement (si ,si, betement, souvent le naturel revient au galop), je lache donc betement : « Ho, les gars vous allez faire un casse ou quoi ? »... Je suis con, je sais, mais c’est plus fort que moi, comme le jour ou par un hasard incroyable je me suis retrouve au milieu d’une douane franco-suisse deserte, debout sur le terre-plein ou se tient habituellement un douanier. La dessus une voiture s’arrete devant moi, j’avais juste entrevu la plaque « A+qq chiffres », la voiture des douanes quoi, et bien je n’ai pas pu m’empecher de clamer « Vous avez quelque chose a declarer ? ». Ce fut comme une vengeance, une delivrance, une explosion de furoncle, tant d’annees a passer et a repasser cette frontiere, a subir l’affront, a devoir jouer l’innocent, le pur, le sans tache,et pour une fois c’est moi qui avait le beau role...J’etais le puissant, j’ai eu le pouvoir 1 centieme de seconde... Heureusement pour moi, mon pote Regi qui me precedait, a eclate de rire, parce que les douaniers suisses eux, ils n’ont pas vraiment le sens de l’humour (y a pas que les douaniers du reste ;-) )... Ca y est je derape...

Je reviens a mes deux lascars, j’avais donc lache la phrase qui aurait pu etre ma derniere bavure, mais rien ne se passe, au contraire,un bras velu saisi un enorme casque noir, s’ensuivit un « tiens Bebert, toi tu prends le casque », la Xyon de Fredo atterrit au fond de la caisse a outils, nous prenons place a l’arriere, je garde precieusement ma voile sur les genoux, des fois que...tant pis pour Fredo, apres tout il n’a pas vu de filles depuis des mois... Alors que faire dans ce genre de situation ? Que faites-vous, vous même quand vous vous retrouvez dans l’ascenseur pour 12 etages de bonheur avec cette maudite voisine de palier, qui pue le vieux pipi rance, qui a des poils au menton, megere de surcroit, qui ne manquera pas de repeter a tout le quartier que vous etes un foutu partouseur parce qu’elle vous aura surpris avec une fille differente a trois mois d’intervalle. Oui que faites-vous, hein, je vous le demande ?

Et bien vous faites ce que votre education judeo-chretienne vous a enseigne : la CONVERSATION. « Beau temps pour la saison ... »

MOI : « Heu, c’est toi qui fait de la moto ? »

LUI : « Wouais... »

MOI : « C’est quoi ta becanne ? »

LUI : « Bin, Harley, connard.... »

NDLR : c’est evident qu’une fois de plus j’avais mis les pieds dans le plat, il n’y a pour cette categorie de personnage, qu’une seule moto possible : HARLEY. Tout le reste etant considere comme de la quincaillerie pour frimeurs homosexuels !

MOI : « Bin, ouais, je suis con (encore), j’aurais du y penser, j’ose pas te dire ce que j’ai comme becane, je vais passer pour un clown... »

LUI : « Wouais, mais je m’en fous, meme Bebert y court sur une jap’ » Bon si Bebert y court sur une jap’, j’ai une chance de rester dans la poubelle...

MOI : « Et c’est quoi ton Harley ? » LUI : « Bin j’en ai quatre, c’est mon business, j’achete, je vends, je monte, je demonte, j’achete a l’etranger, je remonte en France, tu vois ? »

MOI : « Wouais, wouais, je vois bien, tu bosses dans la Harley quoi... » La dessus Bebert qui etait reste silencieux jusque la prend la parole : « Bin moi le parapente, j’y connais tout ! » Stupeur !

Le monstre a poils de Kronenbourg vole ! Comme quoi dans le milieu de parapente on trouve de tout, j’avais deja vu des flics de la reunion, des homosexuels de Bruay en Artois, des parigos, des belges, quelques chinois, un russe evade des mines de sel, un tcheque qui m’avait laisse seul au decollage avec sa jolie fiancee dont je ne suis pas pret d’oublier le tour de poitrine (le fou il me connait pas celui-la), mes cousins genevois, la grand-mere de Fredo (un bi a 84 ans qui dit mieux), le beau-pere de Thierry, un maitre juif, une kinesiterapeutepompiervolontairetsuperpardessuslemarche, une ingenieur d’EDF-GDF, une vietnamienne pas plus lourde que trois pommes, quelques informaticiens, dont un certain qui vole a lui tout seul sous un bi-place parce qu’il est tombe dans la potion magique quand il etait petit (suivez mon regard), un british ex-champion de l’equipe nationale qui est venu voler notre patrimoine national, quelques delateurs, beaucoup de mecs sympats, beaucoup de mecs pas sympats, un ouvrier agricole specialise dans la culture du rutabaga, un toubib de roche (mais lui ne sent pas le poisson), un turc qui n’y connait rien en organisation de voyage, un dentiste qui confond glacier des Grands Montets et la dune du Pila, un facteur (cocu de surcroit), un specialiste de la reparation des trous de balles (jesaispluscommentcas’appelle), un ophtalmologue maigre comme un clou par hasard mari de la vietnamienne citee plus haut, des tas de cons qui s’y croit, un autrichien fou (c’est pas Papesh), un franco-suisse qui se prend pour le pape, un ancien charaputiste qui se prend pour le pere createur, un aveugle, un pilote d’air France a la retraite, une normande, encore un autre belge (repenti), un syrien avec une camera sur la tete, un fabriquant de matelas pure laine, bref dans ce milieu hetero, j’avais presque tout vu, pas encore le genre a Bebert...

BEBERT : « Bin, c’est normal, j’suis d’Crolles, t’sais, Crolles a cote d’St Hilaire »

MOI : « Ah oui, Crolles, a cote de St Hilaire, j’ai deja entendu parle, c’est connu hein ? »

BEBERT . « Bin, wouais quoi, moi dans mon bled, c’est vrai quoi, c’est pas pour dire mais j’en avais marre de voir tout ces PD avec leur truc fluo au dessus de la tete, alors j’m’y suis mis au parapente, tout seul que j’m’y suis mis, j’ai même fait de la compete et des tests de voiles pour la ACPUL, moi mec, en personne, tout seul que j’ai appris »

NOUS : « Non c’est pas vrai ? » Ce que Bebert nous narre par la suite fut plus qu’extraordinaire. Ce mec la , a jeun, a fait en l’air des trucs que meme Sebastien B bourre n’ose pas faire...

Les details techniques qu’il nous donne nous prouve bien qu’il ne nous raconte pas de connerie, c’est eloquent, mais si je raconte tout on y passe le reveillon de la St Sepulcre. Entre autre, il s’est amuse a tester de decrochage en faisant 5 tours de frein. Comme ca partait un peu fort il a voulu relacher les freins, mais l’une des mains a lache trois tours d’un coup... Je vous dit pas comment les pieds dans la voile, il en a miraculeusement rechape, car en plus il s’amuse a ce genre de connerie sans secours... La dessus le chauffeur au crane rase et au torse velu, nous raconte les exploits de Bebert en compete moto : c’est du pareil au même avec une dimension en moins, et les bottes de paille en plus. Indestructible le Bebert, de la graine de terminator a la francaise...Super Dupont en version crado...

J’en viens donc a l’essentiel... (C’est vrai quoi il faut etre concis !)

BEBERT : « Meme qu’une fois en station, avec quelques potes, pour le 14 juillet on a fait un vol de nuit au flambeau... » Que je te decolle tout le bazar avec un flambeau au bout d’une corde (pas con le Bebert hein ?, vous le voyiez deja tous en train de foutre le feu a sa voile, et bien non, on le baise pas comme ca Bebert...). Son probleme, c’est qu’il s’est un peu encouble au decollage, le temps qu’il demele, qu’il remonte son froc, finisse sa derniere gauldu, les autres etaient deja poses. Alors il prend son elan, le Bebert, il met le paquet (vu etant donne que bien souvent la nuit tous les chats sont gris, et que surtout on se tape un bon vent de cul...), donc Bebert met le paquet court, court, et au moment decoller, perd son flambeau... Alors imaginez bien le Bebert qui se trouve en l’air au dessus de la station, dans la nuit toute noire, et c’est a ce moment la que l’on commence a tirer le feu d’artifice...Poum, patapoum, le Vietnam a cote, de la rigolade, y se serait cru au Chemin des Dames un ete de 17..

BEBERT : « Des trous dans la voile gros comme un oeuf de poule qui m’ont fait ces cons-la, et j’pouvais ni tourner a droite, ni a gauche, il y avait des cables de telepherique partout ! »

Heureusement pour notre gaulois kronenbourgeois, ses potes qui avaient eu le temps de debourrer en l’air, l’ont repere avant qu’il ne soit transperce lui-meme par une fusee...

LES POTES : « HALTE AUX FEUX, ARRETEZ TOUT, Y’A BEBERT EN L’AIR ! »

A ce moment du recit Fredo m’a avoue avoir failli pisser dans ses culottes, moi je n’etais pas en meilleur etat, et je me faisais tout petit derriere mon sac, je n’en pouvais plus...

Voila, finalement ces deux gars au look un peu bizarre, ont même fait un detour pour nous poser pres de notre bagnole. Comme quoi il ne faut jamais se fier aux apparences, et on s’est surement plus marrés qu’avec la petasse qui n’a pas voulu s’arretasse pour qu’on regardasse dans son decoltasse...

C’est pas tout ca, mais avec ces conneries, il est temps de faire un gros dodo, j’espere que Michel sera content, il l’a eu son Bebert de Crolles ! ;-))))

A+ Gerard Menvussat*

* Vous comprendrez surement pourquoi je ne signe pas de mon vrai nom, des fois que Bebert soit sur la liste...ou pire son pote !

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